Scoutisme et éducation spécialisée : une longue histoire

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Baden Powell lors du 1er camp sur l’île de Brownsea en 1907

Lorsque Baden-Powell crée le scoutisme en 1907, il réunit pour son premier camp vingt garçons de milieux sociaux différents pour vivre une expérience forte, ensemble, en prenant des responsabilités au nom d’un même projet. Au travers du scoutisme, il s’engage dans la lutte contre l’exclusion, les discriminations sociales et l’éducation populaire en proposant aux éducateurs anglais, une méthode d’éducation inclusive basée sur le jeu et le vivre-ensemble dans la nature.

« Notre désir est d’aider les enfants et les jeunes, surtout les plus pauvres, à avoir une chance égale aux autres de devenir des citoyens dignes, heureux et réussissant dans la vie, inspirés par un idéal de service du prochain qui, dans le passé, leur a trop souvent été refusé. » Baden-Powell, Scouting and Youth Movements, 1929.

En France, l’application de la méthode scoute à l’éducation spécialisée est une longue histoire.
En effet, les mouvements scouts se tournent dès les années 1930 vers les jeunes délinquants à la demande des pouvoirs publics, convaincus que la méthode peut réussir et apporter des innovations que les placements traditionnels n’apportent pas. Des moniteurs-éducateurs non scouts sont également formés à la méthode.

methodescouteUtilisation de la méthode scoute avec des enfants placés par la justice en 1936. (Source : enfantsenjustice.fr)

19732004 2Les unités soleil en 1973 et en 2004 (crédits : archives SGDF)

Les conséquences de la Seconde guerre mondiale a suscité l’arrivée de scouts, des bénévoles pour la plupart, dans les services et établissement de protection de l’enfance, à commencer par l’afflux de « réfugiés » surtout lors de l’exode de mai-juin 1940 : un cinquième de la population errent le long des routes, les familles sont disloquées, près de 90 000 enfants sont « égarés », le chômage et la délinquance des jeunes augmentent sensiblement.
En l’absence de recherches approfondies sur les interactions scoutisme/rééducation à cette époque, on ne peut donner ici que quelques exemples, en voici trois.

1. Lorsqu’en 1941, Jean Pinaud devient directeur de l’école Théophile Roussel pour enfants difficiles, à Montesson près de Paris, il supprime les barreaux des fenêtres et remplace les « surveillants » par des « jeunes émanant du scoutisme ». L’école d’éducateurs qu’il ouvre sur le même site en 1943, considère le scoutisme, comme l’une de ses assises. Les trois directeurs qui se succèdent au centre d’éducation surveillé de Ker-Goat, près de Dinan, ouvert en 1940, sont respectivement issus des Scouts de France, des Eclaireurs Unionistes de France et des Eclaireurs de France. On ne saurait oublier le travail accompli, dans des conditions très difficiles, par les Eclaireurs Israélites de France dans l’aide aux enfants juifs pourchassés durant les « années noires » avec la création, notamment de la maison des enfants de Moissac.

2. Après la Libération, les initiatives de Scouts et de Guides en faveur de la protection de l’enfance et de jeunes condamnés au titre de la loi prennent de l’ampleur. La multiplication des structures en faveur de l’enfance inadaptée a favorisé la candidature de cadres, d’éducateurs et d’assistantes sociales issus du scoutisme et du guidisme.
C’est ainsi que les Commissaires Nationaux Scouts et Eclaireurs, Jacques Astruc et Henri Joubrel participent à la création de l’association qui structure l’éducation spécialisée (ANEJI) en 1947. Dans les années 1960, 40% des éducateurs spécialisés sont issus du scoutisme.(1)

3. Depuis les années 1970 jusqu’à nos jours, les Scouts et les Guides de France, ont continué à ouvrir le scoutisme à des jeunes défavorisés. Dans les années 1990, à la suite de violentes émeutes urbaines, des moyens financiers sont engagés par les pouvoirs publics pour enrayer la délinquance juvénile. La politique de la ville permet alors aux associations d’éducation de jeunesse et d’éducation populaire, d’investir plus largement le terrain des banlieues.
Les Scouts de France peuvent ainsi organisés les premiers Camps pour Tous avec le programme Plein Vent. Ces camps, souvent des opérations de grande ampleur (1000 jeunes à Morteau au premier camp en 1993, avec 350 chefs volontaires, 2500 jeunes à Sillè-le-Guillaume, puis des expériences de camps pour tous par région), mobilisent pour l’animation à la fois les jeunes adultes du réseau Scouts de France, et des animateurs de quartiers.

Ce programme s’associe avec les Unités Soleil chez les Guides de France lors de la fusion des deux mouvements en 2004, donnant les groupes « Plein Vent Soleil » afin de constituer des groupes en quartiers et non plus seulement des camps d’été. Depuis 2008, le projet est intitulé « Scoutisme en quartier » et s’oriente vers le soutien et l’accompagnement des dynamiques locales. L’objectif est de permettre à davantage de jeunes des quartiers populaires de vivre le scoutisme. Des initiatives Plein Vent sont encore prises en région.

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Camps Plein Vent 1993, 2001 et 2015 (crédits : SGDF et Manuel Grandin)

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Scoutisme en quartier 2017. (Crédits : SGDF)

C’est dans cette dynamique historique d’éducation et d’ouverture que nous plaçons la création du lieu de vie à Jambville appelé « Colibri ». Ce projet a pour ambition d’appliquer la méthode scoute à l’éducation spécialisée.
Ainsi sept jeunes, filles et garçons, âgés de 12 à 15 ans, confiés à l’Aide Sociale à l’Enfance, seront accueillis pour des périodes d’environ six semaines. Ils pourront ainsi vivre une parenthèse dans la nature et se trouver un projet de vie bien à eux.

(1) L’invention de l’enfance inadaptée / sous la direction de Maurice CAPUL. Editions ERES, 2012

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